VIE OUVIERE.... : Feuillet 1

- A -
A Jacques
Je suis fatigué. Très fatigué

Toujours chercher. Toujours rechercher

J'écris. Je réécris.

Pas de réponse. Jamais de réponse.

 Je suis fatigué. Très fatigué.

Partir. Partir loin.


Oublier. Tout oublier.

Avoir la tête vide. Complètement vide

Je suis fatigué. Très fatigué.

Pourtant je ne fais rien. Toujours rien.

Et mes enfants mangent.

Mangent chaque jour.

Et ma femme pleure.

Pleure tous les jours.

Je suis fatigué. Très fatigué.

Je ne sais plus parler. A qui parler ?

Je ne ris plus Pourquoi rire ?

Je pense dans ma tète. Je pense trop

Je suis fatigué. Très fatigué.

Se lever le matin.

A quoi sert de se lever le matin ?

Les enfants vont à l'école.

Travailler à l'école

Moi je me lève pour m'asseoir.

Toujours assis.

Je suis fatigué. Très fatigué.

Etre debout me fatigue.

Ecouter me fatigue.

Voir les autres vivre me fatigue

Je suis fatigué. Très fatigué.

Etre seul. Tout seul.

Pleurer. Enfin pleurer.

Fuir. M'enfuir.

Je suis fatigué. Très fatigué.

Tous ils disent : on comprend. On vous comprend.
Et ils vont leur chemin. Ils continuent leur chemin.

Ils me laissent sur la route. Au bord de la route.

                                    Au bord de la déroute.

                                    Au bord du précipice.

Pas une branche pour me rattraper.

Pas une main tendue pour me retenir.

Je suis fatigué. Vraiment très fatigué

Airel

 

- B -
Un patron, encore un

Ca devient commun !

Ne voulait pas de délégués

Dans son entreprise privée.

Pourtant il s'est présenté un ouvrier

Aussitôt mis à pied.

Procédure de licenciement.

Crainte de la femme et des enfants.

L'ouvrier a tenu bon.

C'était pas un poltron.

Le jour du premier tour

Ce fut un four.

Pas assez de votants.
Le patron fait la pluie et le beau temps.

Mais pas pour toujours…

L'ouvrier fut élu au deuxième tour.

Licenciement refusé.

Injustice écrasée.

Huit jours plus tard

Le patron cherchait encore à être peinard.

(Quand un patron a quelque chose dans la tête

Il est prêt à changer de casquette !)

"Ecoute, dit-il au délégué ouvrier,

Tu me casses vraiment les pieds !

 

 je te donne onze cents euros

Accepteras-tu de limer tes crocs

Et d'aller voir ailleurs

Sous des cieux meilleurs ?"

Ce que l'intimidation n'avait pu faire

Les euros le firent ! Tout redevient poussière !

L'argent résout les blèmes

De ceux qui ne veulent pas avoir de problèmes.

Ah ! ce n'est pas encore demain

Que l'homme ne se nourrira pas seulement de pain.

Les riches et leur pouvoir ont encore de beaux jours

C'est pas une raison pour baisser les bras et devenir sourds !!!

Airel

.....

- C -
Ilétait une fois un patron

Dont je tairai le nom

- A écouter chacun, il semble

  Que beaucoup lui ressemble-

Ce patron ne se rappelait plus

- Qui l'eût cru ! -

  Qu'il vivait et mangeait grâce au travail

De ceux qu'il appelait la racaille.

Rien n'y fit. Délégués. Pétitions.

Mises en garde. Réunions.

Il restait sourd le malheureux

Dans son beau bureau bleu.

Oui, son bureau était bleu

Comme le ciel bleu

Parce qu'il n'aimait pas les nuages

Et encore moins les orages.

Que faire alors, sinon rompre la trêve ?

Et ce fut la grève

Tous arrêtèrent en même temps

Ce fut un grand moment

Mais le patron qui avait de la finance

N'entendit pas le silence…

Cela dura des jours et des jours

Et encore plein de jours !

Un jour il se décida enfin

Parce qu'il avait faim

Pour la première fois de sa vie.

A tout il dit oui

Avant de lui rendre son bureau et ses tiroirs

On peignit au plafond quelques nuages noirs

Parce que ça trompe un peu

De toujours voir le ciel bleu !

                                                                          Airel

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